L’identification à ses qualités et ses défauts

anniversary-balloons-birthday Burak Kebapci© Burak Kebapci

J’écris dans des carnets depuis des années et j’ai relu hier celui que j’écrivais quand je voyageais en Thaïlande, où j’ai passé six jours dans un centre de méditation. A force de méditer, on finit forcément par avoir des pensées qui donnent l’impression d’être de grands et vieux sages… c’est d’ailleurs de là-bas que vient celle dont je vais parler dans cet article.

Quand on parle de nous-même, il est fréquent que l’on dise :

“Je suis gentil”, “Je suis généreuse”, “Je suis une chieuse”, “Je suis timide”.

Utiliser le verbe être, c’est dire que ces traits de caractère sont ce qui nous définit.

Je ne crois pas que ce soit vrai.

*

S’identifier à nos traits de personnalité nous limite

Quand je suis partie seule en Asie, j’ai eu une conversation édifiante avec des voyageurs. Je leur disais que j’étais une peureuse qui craignait beaucoup de choses (avec divers exemples à l’appui). Eux m’ont ri au nez et m’ont rétorqué : “Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu es en train de voyager à l’autre bout du monde tout seule ! Au contraire, tu es vraiment courageuse !”.

Et c’était vrai dans le fond. Mais alors, pouvais-je être à la fois peureuse et courageuse ?

Je me suis dit que se considérer “peureux”, “courageux”, “intelligent”, “drôle”, “timide”, “extraverti” ne voulait rien dire. Que ces formulations n’avaient d’autre effet que de nous enfermer dans des cases limitantes. Parce que si on se considère ainsi, on va considérer que le contraire n’est pas “nous” et nous n’allons pas nous permettre de réagir autrement. Nous allons nous restreindre nous-même.

Mais pourquoi est-ce que nous nous estimons timide ou courageux ? Généralement, c’est parce que nous avons réagi par le passé d’une manière que l’on considère soit timide, soit courageuse. Et parce que nous avons réagi de telle façon à quelques reprises, nous estimons que c’est ce que nous sommes.

Mais le fait est que nous ne sommes pas nos réactions. Nos réactions ne dépendent que des circonstances. Parfois, je vais être peureuse, parfois je vais être courageuse. Parfois je vais être extravertie, et d’autre fois timide. On ne peut pas être seulement l’un ou l’autre. On a forcément été les deux, à différents moments de notre vie.

*

Alors pourquoi leur donner autant d’importance ?

Il est vrai que quelqu’un qui a l’habitude d’être gentil, sera plus souvent gentil que méchant. Pareillement pour le contraire.

On peut avoir une tendance à la gentillesse bien supérieure à la méchanceté. Cela dépend de nos choix.

Car les qualités et les défauts sont comme des muscles que l’on travaille : plus l’on tend vers une direction, plus l’on va être susceptible de la suivre. Mais cela ne signifie pas que l’on ne peut pas parfois agir contrairement à cette tendance.

Parce que, à mes yeux, les traits de caractère ne sont pas des choses que l’on est, mais des choses que l’on a.

“J’ai une tendance à la générosité” ou bien “La partie optimiste en moi est plus grande que celle du pessimisme.”

Cela peut être n’importe quoi. Mais en tout cas pas ce que nous sommes fondamentalement. Seulement partiellement.

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Le pouvoir du langage ou changer subtilement son état d’esprit

J’ai une petite astuce qui a marché sur moi et que j’aimerais partager ici. Elle consiste à remplacer un mot par un autre pour changer notre vision de nous-même.

Passer du “je suis” au “j’ai” est d’une grande puissance pour moi.

Surtout quand on a envie de changer (“être moins timide” par exemple).

Le “Je suis”, c’est l’identité. Vouloir changer son identité… ça semble difficile.

Parce que si on est timide, cela voudrait dire que l’on n’est pas extraverti. Alors partir de zéro, partir de quelque chose que l’on estime ne pas être nous… ça semble insurmontable !

En revanche, on peut facilement transformer quelque chose que l’on “a”. Si j’ai une grande partie timide en moi, je n’ai qu’à la faire diminuer. Comment ? En nourrissant ma partie extravertie pour que petit à petit elle prenne plus de place.

Parce que n’être “qu’en partie” timide n’exclut pas que je sois “en partie” son contraire. Ainsi, je ne suis plus dans une case.

*

Le pouvoir de choisir

En fait, je peux être en théorie tout ce que je veux avec cet état d’esprit.

Personne n’est une petite chose bien définie. Nous sommes tous des êtres aux potentialités infinies. Nous pouvons être ce que nous voulons si nous croyons en nous.

Notre identité va bien au-delà de notre seule personnalité parce que, pour moi, notre personnalité n’est pas fixe.

Parce que quand on regarde en soi-même, on peut se souvenir des fois où l’on a agi timidement et des fois où l’on a agi de manière affirmée.

Des fois où l’on s’est mis en colère et celles où l’on est restés calmes.

Des fois où on a abandonné et celles où on n’a rien lâché.

Ca marche avec n’importe quel trait de caractère et son contraire.

On n’a jamais été qu’une seule chose. On a toujours été les deux. On a  toujours eu les deux parties opposées.

Et, personnellement, j’aime cette idée. J’aime l’idée de ne pas être quelque chose de précis. J’aime l’idée que je suis composée – non, que j’ai  toutes ces parties en moi.

Elles me donnent le choix de la façon dont je veux agir. C’est beaucoup moins fataliste que de dire “Je suis comme ça et puis c’est tout”. Beaucoup moins facile aussi.

Mais je préfère cette liberté, parce que… en fait, depuis que j’ai réalisé ça, je me suis rendue compte que j’étais de moins en moins oppressée par mes actions passées.

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Se pardonner et agir

Et pourtant ! combien de fois ai-je pu regretter la manière dont j’avais réagi ? Regretter d’avoir été trop timide ou d’avoir été trop exubérante ou trop peureuse ou trop je ne sais quoi ?

Mais au final, j’ai fini par me pardonner, en comprenant que je pouvais choisir quelle partie en moi nourrir.

Parce que le plus important n’est plus ce que j’ai fait par le passé. C’est ce que je décide de faire maintenant qui l’est.

Poursuivre sur la même voie ? Ou agir différemment ?

Si on donne de l’importance à ce passé, c’est évident que l’on refera les mêmes erreurs parce qu’on s’y sera identifié – et  plus on les répètera, plus on s’identifiera. Il n’y a alors pas de place au choix.

Mais si on décide que c’est révolu, alors on peut faire place à quelque chose de nouveau et donc choisir. Et ainsi, peut-être racheter nos erreurs. *

*

Et puis, une chose importante : pour moi, on n’agit seulement de la manière qui nous semble la plus appropriée sur le moment.

Alors on peut se tromper, mais je ne crois pas aux mauvaises intentions. J’ai la conviction qu’il y a toujours une bonne raison derrière chaque action, même si elle semble parfois bien enfouie (et si parfois la fin ne peut pas justifier les moyens).

Et parfois, nos réactions peuvent être assez dévalorisantes mais est-ce si grave ? La vie est suffisamment longue pour rattraper les erreurs d’un seul jour.

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C’est du moins ce en quoi je crois.

Qu’en pensez-vous ? J’espère que j’ai été claire dans mes propos. C’est une réflexion à laquelle je tiens beaucoup mais qui est un peu difficile à exprimer. Donc j’ai sans doute dû être un peu vague parfois haha.

En tout cas, vous est-il déjà arrivé de vous considérer comme “contradictoire” dans vos comportements ? Et si c’est le cas… est-ce qu’au lieu de vous identifier à une qualité ou un défaut, penser que vous possédez les deux vous aide à vous comprendre un peu mieux ?

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